Masqués, oui, muselés, non !

le tract intersyndical :communique_intersyndical_lpr_senat_6nov2020

Depuis le début de l’année, le projet de loi de programmation de la recherche (LPR) a fait l’objet d’une contestation soutenue et continue de toute la communauté académique. L’indécence à poursuivre ce projet en ce mois d’octobre alors que l’épidémie du covid bouleverse et désorganise les universités comme le reste de la société ne fait que révéler davantage la volonté d’imposer, coûte que coûte, cette LPR si lourde de conséquences pour l’enseignement supérieur et la recherche de demain (remise en cause du statut de fonctionnaire, aggravation de la précarisation des personnels, renforcement de la recherche sur projets). Pire, non seulement le gouvernement a poursuivi l’examen de ce projet de loi mais lors de la séance du 30 octobre au Sénat, plusieurs amendements sont venus aggraver son contenu. Nous insisterons ici sur deux de ces amendements qui portent des atteintes majeures au coeur de l’institution universitaire.

L’amendement 150 stipule que « le comité de sélection peut examiner les candidatures de personnes qui ne disposent pas d’une qualification reconnue par l’instance nationale ». Cette mesure revient donc à supprimer l’obligation de qualification par le CNU pour les candidatures à des postes d’enseignants-chercheurs. Si le CNU est sûrement perfectible, son caractère collégial et national offre au système universitaire la garantie d’un cadre indépendant permettant davantage d’impartialité dans les procédures de recrutement. L’abandon de l’obligation de qualification au CNU est un coup considérable porté contre l’institution universitaire prise comme communauté.

 L’amendement 234 s’attaque à un autre fondement de l’université, celui des libertés académiques. En ajoutant « Les libertés académiques s’exercent dans le respect des valeurs de la République », il introduit un flou qui ne laisse d’inquiéter. S’agit-il des vertus « darwiniennes » de la LPR vantées par le PDG du CNRS ou mises en avant par le plus haut représentant de l’état expliquant publiquement qu’il y a « les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien » ? S’agit-il des mensonges du gouvernement pour couvrir la pénurie de masques au début de l’épidémie ? S’agit-il d’applaudir le personnel hospitalier à 20h au mois d’avril pour l’abandonner aux mêmes difficultés six mois plus tard ? Qui décidera de ce que sont « les valeurs de la République » ? Il n’y a aucune définition de ces valeurs et restreindre les libertés académiques à des valeurs dont la définition est inexistante introduit un arbitraire menaçant.

Sud Education Rangueil demande que la commission paritaire mixte (7 députés et 7 sénateurs) qui se réunira le 9 novembre retire ces amendements du texte de la LPR et appelle à la sauvegarde d’une université indépendante, dédiée à la diffusion et à l’approfondissement des connaissances, librement et respectueusement de toutes et tous.

Communiqué de Sud Education Rangueil, 4 novembre 2020

Nous soutenons les pétitions suivantes :

Appel solennel pour la protection des libertés académiques et du droit d’étudier :
https://www.mesopinions.com/petition/politique/enseignement-superieur-recherche-appel-solennel-protection/111627

Non à la suppression de la qualification par le CNU (à l’initaive de la CP-CNU) :
https://www.change.org/p/enseignants-chercheurs-non-%C3%A0-la-suppression-de-la-qualification-par-le-cnu

Suspendons la loi de programmation de la recherche : notre société exige beaucoup mieux ! (à l’initiative de Facs et labos en lutte, RogueESR, Sauvons l’Université, Université Ouverte) :
http://rogueesr.fr/une_autre_lpr/