Elles renforcent les inégalités, non aux évaluations à distance

« Plan de continuité pédagogique » :
maintenir le lien avec celles et ceux qui peuvent répondre, oui, mais ne pas faire passer cela pour de l’enseignement à distance!

Lire le texte complet  :Plan_continuite_pedagogique_Toulouse_PaulSab_25mars20


Nous demandons donc aux instances universitaires de clarifier la situation en validant les trois règles suivantes :

  • Aucune évaluation à distance ne peut donner lieu à des notes qui entreraient dans le calcul de moyennes pour les UE du second semestre.
  • Si le second semestre reprend, les examens ne pourront porter que sur le programme traité jusqu’au 13 mars (ainsi que cela se passe à UT1).
  • Si le second semestre ne reprend pas, il doit être évalué sur le principe d’une note minimale de 10 au second semestre pour toutes les étudiantes et tous les étudiants.

Pour faire face à la progression de l’épidémie Covid-19, depuis le 16 mars, les universités sont fermées au public. Il va de soi que cette situation exceptionnelle impose un bouleversement complet de nos modes d’organisations, quels que soient les statuts, quelles que soient les fonctions. Concernant l’enseignement, les outils numériques permettent la mise en place de l’enseignement « en distanciel » : notes de cours, exercices ou devoirs mis en ligne, chats sur moodle, réunions en visio pour les équipes pédagogiques, cours en « classes numériques »,… : les outils ne manquent pas et permettent de maintenir le contact avec les étudiants équipés et organisés pour pouvoir communiquer via ces outils. Cependant, nous savons que cette « offre logistique » (quand elle fonctionne et n’est pas saturée…) n’est qu’un palliatif et ne peut constituer au mieux qu’un ersatz de l’enseignement en présentiel.

Si tous les dispositifs numériques mis en place ont leurs vertus et permettent effectivement de garder un lien avec
certain·e·es étudiant·e·s, il ne faut pas oublier que l’accès à ces dispositifs n’est pas partagé à égalité. Le « distanciel » accentue les fractures déjà présentes au sein de la population estudiantine. Il y a bien entendu la qualité du matériel à la disposition de chacun, la qualité de la connexion ou les possibilités même de se connecter qui tracent les lignes d’une fracture numérique renforçant les fractures sociales. Il y a aussi – et encore plus – l’environnement de chacune et chacun, le confinement n’est pas le même si l’on est dans une maison avec jardin, dans un appartement ou dans une chambre de cité U (40 % des chambres de cité U restent actuellement occupées dans l’académie de Toulouse). L’environnement de travail n’est pas le même si l’on vit confiné avec ses proches ou seul dans une chambre. Tout enseignant sait que la qualité d’un apprentissage tient à cette multitude de facteurs et toutes les raisons que l’on vient d’énumérer font que certain·e·s étudiant·e·s ne pourront pas répondre aux sollicitations numériques du « distanciel » ou ne pourront pas y répondre convenablement ; dit autrement, le « distanciel » a aussi pour revers d’accentuer certaines inégalités.

De leur côté, les enseignantes et les enseignants font tout leur possible pour participer au maintien d’échanges
pédagogiques malgré la situation, avec les moyens dont ils disposent et avec les contraintes personnelles qui sont les leurs. Ils ne doivent subir aucune pression d’aucune sorte.

Ainsi, non seulement nous n’avons pas les moyens de proposer une vraie offre de formation à distance (le « distanciel » demande une préparation qui ne s’improvise pas) mais la population estudiantine n’est pas à égalité face aux possibilités de profiter des initiatives prises par tel ou telle enseignant·e. Dans ces conditions, faire croire que l’on pourrait « continuer » le second semestre à coup de « distanciel » est une imposture. Oui, nous devons assurer une continuité dans le service pédagogique, permettre un accompagnement à distance et maintenir une relation avec les étudiant·e·s. Le même impératif pédagogique nous impose d’être attentifs à toutes celles et tous ceux qui ne peuvent pas accéder aux dispositifs numériques ou pas pleinement. Dans ces conditions, valider des évaluations à distance (indépendamment du fait que nous n’avons pas de moyens de savoir qui répond à distance, ni dans quelles conditions) reviendrait à valider une indécente sélection favorisant celles et ceux qui ont simplement la chance d’avoir un environnement personnel plus favorable (que celles et ceux qui peuvent répondre répondent, tant pis pour les autres !).

La situation est exceptionnelle. L’appel à la « continuité pédagogique » ne doit pas faire oublier l’urgence de la solidarité. Ne tombons pas dans le piège d’une injonction paradoxale, pris entre l’urgence sanitaire qui impose une rupture dans le fonctionnement usuel et l’appel à faire comme s’il était possible de tout continuer en distanciel.
D’ailleurs, en cette période d’une très grande gravité sur le plan humain, pensez-vous qu’il soit si important d’organiser coûte que coûte des examens ?